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film terminé (fait partie des Evangiles)
non subventionné
épisodes encore en cours: le massacre des innocents, la cruci-fiction
Note d'intention
L'idée de filmer " un dernier repas" m'était déjà venue plusieurs fois . Un ami habitait rue Wiertz et allait être expulsé. Le décor du chantier en construction devait abriter le nouveau Parlement européen. Mon ami me dit qu'il allait organiser un repas juste avant de partir. Ce repas, je le voyais déjà comme une cène biblique. Mais la soirée n'eut pas lieu. Quelques années plus tard, un autre ami, artiste lui aussi, devait quitter les lieux où son atelier était installé, rue Godecharle, juste de l'autre côté des voies du chemin de fer. L'affaire Tondeur, tout le monde la connait aujourd'hui. Sa maison a été démolie et il a été expulsé sans compensation aucune. L'idée du repas m'est revenue. Le Caprice des Dieux maintenant construit devenait le décor idéal pour dénoncer les "traitres". Et en tant que cinéaste nomade, je ne pouvais que m'identifier au pauvre artiste exproprié.
Depuis 30 ans que je filme les chantiers de démolition - des kilomètres de pellicule impressionnée - je me suis toujours demandé: "à quoi pense l'ouvrier?" Pense-t-il la même chose s'il construit ou s'il détruit? Travaille-t-il pareil si c'est une banque, un bureau ou un centre culturel?
Et l'histoire des gens qui y ont vécu?
Perec y a consacré son plus beau roman: La vie mode d'emploi.
Il y a eu bien sûr beaucoup de films documentaires sur ces démolitions autour du quartier Léopold, des reportages et des constats, Bruxelles Requiem , d'André Dartevelle entre autres.
Quant à moi, habitué à filmer " ce qui se passe devant moi", j'aimerais filmer une fiction pure devant ce décor hollywoodien.
Je voudrais adopter la mise en scène que Léonard de Vinci a réalisée pour sa fresque peinte à Milan en 1495. J'aime bien que cette sublime variation symphonique composée sur un thème psychologique ("la trahison dans l'amitié", dit Stendhal) ait été si mal exécutée, techniquement, soit devenue, aux cours des âges, invisible, tout à tour entièrement repeinte, puis presque entièrement effacée.
Et donc - tout mon cinéma ne tiendrait-il pas dans ce précepte - rendre visible l'invisible, montrer ce qui n'est plus, tel est le but de cette parabole ô combien contemporaine.
LA DERNIERE (S)CENE
SCENARIO
L'inspiration première est l'Evangile selon Saint-Jean / chapitre XIII
Mais je n'en utilise qu'une partie que j'interprète à ma façon.
Les treize à table. Ils mangent et se parlent à voix murmurée.
Jésus dit: "Je vais mourir, n'est-ce pas?"
Puis il se lève de table, verse de l'eau dans un bassin et commence à laver les pieds de ses disciples et à les essuyer avec le linge dont il est ceint.
Simon-Pierre lui demande: "pourquoi me laves-tu les pieds?"
Et Jésus lui répond: "Celui qui s'est baigné n'a nul besoin d'être lavé, car il est pur. Mais tous ne sont pas purs." Et il ajoute: "Ce que je fais, tu ne peux pas le savoir à présent, plus tard, tu comprendras".
Quand Jésus revient à table, il dit: "comprenez-vous ce que j'ai fait pour vous?" et tout le monde le regarde avec étonnement.
Il va embrasser un à un ses amis ("aimez-vous les uns les autres"), puis prononce la phrase fatidique: "En vérité je vous le dis, l'un d'entre vous va me trahir", et chacun se regarde en se demandant de qui il parle.
Judas s'est déjà trahi car il a mangé du même pain de la bouchée de Jésus. Et celui-ci de lui répondre: " Ce que tu as à faire, fais-le vite!".
Judas se lève, prend la bourse et s'en va.
Simon-Pierre joue un petit air à la flûte. Puis il demande à Jésus:" Où vas-tu?" et Jésus lui dit:" Là où je vais, tu ne peux pas me suivre".
Là s'arrête la scène (la cène). Tous les personnages s'effacent et le décor reste, étrangement prémonitoire d'un nouveau jugement dernier. Le vent se lève. A suivre...
Note sur le scénario:
La cène n'est pas reconstituée. Pas de costumes rappelant le contexte biblique. Seule la situation le définit.
La cène est donc rejouée aujourd'hui, dans un décor vrai, avec bruits de travaux, de gare, d'avion.
Elle sera précédée de plans de démolition (grues, poussière) et accompagnée tout le long par une musique (Arvo Pärt ou Penderecki pour leur côté mystique et contemporain, quasi apocalyptique, avec des bouffées de Jean-Sébastien-Bach.)
Il faut avoir en tête les exégèses de Luis Borges émettant l'hypothèse que Judas et Jésus sont les deux faces d'un même homme, et que l'un a toujours besoin de l'autre, que le traitre est aussi le héros, ou vice-versa. Le livre de Perutz, Le Judas de Léonard, m'a également servi de référence.
La peinture de Léonard de Vinci sera la référence pour la mise en scène , essentiellement frontale et appuyée de travellings et de gros-plans.


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